Syndrome des jambes sans repos : Une origine intestinale ?

Fév 15, 2021 par

Et si le syndrome des jambes sans repos était lié à une mauvaise santé intestinale ? C’est ce que suggèrent les premiers résultats d’une étude selon laquelle la colonisation bactérienne chronique de l’intestin grêle (CBCG) pourrait être plus fréquente chez les patients souffrant d’impatiences.

Colonisation bactérienne chronique de l’intestin grêle

Maladie encore méconnue, la colonisation bactérienne chronique de l’intestine grêle (CBCG), aussi appelée SIBO (pour Small Intestinal Bacterial Overgrowth) désigne une prolifération excessive et pathologique de bactéries au niveau de l’intestin grêle. Elle se manifeste par des symptômes variés et peu spécifiques (ballonnements, forte diarrhée inflammatoire ou constipation, douleurs abdominales, maux de tête, fatigue persistante…) fréquemment confondus avec les symptômes d’autres pathologies digestives comme le syndrome du côlon irritable ou l’intolérance au lactose.

À savoir ! En principe, la majorité du microbiote intestinal (1 à 2 kilos de bactéries selon les individus) se situe dans le côlon. En cas de CBCG, l’intestin grêle est peuplé d’une population bactérienne quantitativement excessive et qualitativement anormale. Ces bactéries produisent quantité de gaz, comme l’hydrogène ou l’ammoniac qui distendent douloureusement les entrailles.

Cette surcharge en bactéries dans la paroi de l’intestin grêle provoque de nombreuses conséquences dommageables pour l’organisme comme une hyperperméabilité intestinale. Des molécules indésirables parviennent alors à rejoindre la circulation sanguine, d’où l’apparition possible de réactions immunitaires inappropriées (allergie alimentaire ou maladie auto-immune).

Par ailleurs, cet excès de bactéries perturbe la digestion des aliments en absorbant certains nutriments avant même qu’ils soient assimilés par le tube digestif. Du coup, les nutriments alimentaires sont de plus en plus mal absorbés par l’organisme et des carences nutritionnelles s’installent, comme la carence en fer.

Or, il est reconnu qu’un faible taux de fer dans le cerveau constitue un facteur de risque clé du syndrome des jambes sans repos. Si cette carence cérébrale en fer est généralement d’origine alimentaire, elle peut également être le fruit d’une inflammation intestinale.

À savoir ! Le syndrome des jambes sans repos désigne un désordre neurologique défini par un besoin pressant et irrésistible de bouger les jambes. Cette maladie est considérée comme un trouble du sommeil parce que ces envies irrésistibles de bouger les jambes apparaissent principalement au moment du repos, le plus souvent en position couchée, le soir ou la nuit, à l’endormissement ou au cours du sommeil.

Dans ce contexte, une équipe de scientifiques a engagé une petite étude pour vérifier si le syndrome des jambes sans repos pouvait bel et bien être lié à une mauvaise santé intestinale.

Mauvaise santé intestinale : Un lien possible entre intestin et syndrome des jambes sans repos

Pour mener à bien leurs recherches, les scientifiques ont recruté sept personnes souffrant du syndrome des jambes sans repos. Chacune d’elle devait :

  • Répondre à un questionnaire relatif au sommeil
  • Répondre à un questionnaire relatif aux symptômes de la CBCG
  • Utiliser un kit de collecte fécale
  • Utiliser un kit de test respiratoire

À savoir ! Le test respiratoire détecte des gaz comme l’hydrogène ou le méthane dans l’air expiré du patient, avant et après l’ingestion de certains sucres spécifiques. La présence de ces gaz signe une prolifération bactérienne dans l’intestin grêle ou dans le côlon.

Après analyse des échantillons fécaux et respiratoires, les scientifiques ont ainsi pu observer une présence de CBCG chez 100% des participants. Un résultat préliminaire d’autant plus signifiant que la prévalence de la CBCG au sein de la population générale est estimée à moins de 15% : « Nous avons observé des taux extrêmement élevés de colonisation bactérienne chronique de l’intestin grêle dans le groupe de patients souffrant du syndrome des jambes sans repos », déclare l’auteur principal Daniel Jin Blum du centre Stanford des sciences du sommeil et de médecine de Redwood City en Californie.

Cette étude nécessitant d’être approfondie, de nouveaux participants continuent d’être recrutés au centre du sommeil de Stanford. L’objectif ? Conduire des analyses plus poussées pour examiner la composition microbienne fécale, définir les différents sous-types de carences en fer des syndromes de jambes sans repos et établir des comparaisons avec d’autres troubles du sommeil comme les insomnies : « Explorer le lien entre le syndrome des jambes sans repos et la santé microbienne intestinale a le potentiel d’ouvrir de nouvelles pistes pour la possible détection, prévention et traitement du syndrome des jambes sans repos et autres troubles du sommeil », conclut Daniel Jin Blum.

Déborah L., Docteur en Pharmacie

Source
– High levels of rare gut bacteria may be linked to restless legs syndrome. sciencedaily.com. Consulté le 10 février 2021.
Deborah L.
Pharmacienne.
Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.
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